COMPORTEMENT TYRANNIQUE

QUAND PARLE-T-ON D’ENFANT AU COMPORTEMENT TYRANNIQUE ?

On parle d’enfant au comportement tyrannique lorsque la hiérarchie familiale est inversée : l’enfant prend le pouvoir dans le foyer familial et les parents sont entravés dans leur prise de décision et d’action.

Ce comportement ne relève pas d’un contexte de carences éducatives ou de manque des limites et il est à différencier du phénomène de « l’enfant roi ».

L’enfant au comportement tyrannique présente des troubles dont les dimensions centrales sont typiquement la dysrégulation émotionnelle et anxiété.

Parce qu’il est anxieux, il est très sensible au regard social et, à ce titre, il peut se contenir et adapter son comportement à l’extérieur pour éviter le jugement d’autrui (notion de « cocotte-minute »). 

De par sa difficulté de gestion émotionnelle, une fois rentré à la maison où il se sent en confiance, l’enfant va utiliser ses parents pour déverser ses émotions (notion de « punching ball »).

Le comportement tyrannique correspond à une dynamique familiale particulière qui démarre tôt et qui s’installe peu à peu au sein du foyer. Le plus souvent depuis la petite enfance (parfois suite à un événement traumatique), la toute-puissance de l’enfant s’installe ainsi progressivement et peut se traduire par des violences physiques (agressions, dégradations…), verbales (insultes, menaces…) et/ou psychologiques (harcèlements, chantages, intimidations…).

Le quotidien de la maison est ainsi organisé autour du comportement de l’enfant, le but étant d’éviter tout stress par peur de déclencher encore une nouvelle crise (les parents s’accordent à dire : « on marche sur des œufs toute la journée »). Bien que l’(hyper)accommodation du parent soit, au départ, destinée à aider l’enfant, dans la durée, elle ne fera qu’aggraver les difficultés du jeune. En effet, par la volonté du parent de diminuer la souffrance de l’enfant, elle augmente.

5 QUESTIONS POUR REPERER LE COMPORTEMENT TYRANNIQUE

Si  votre  réponse  à  plusieurs  de  ces 5 questions est « oui » vous êtes peut-être concerné par la problématique du comportement tyrannique :

LES DIFFICULTES RENCONTREES PAR LES PARENTS

Le comportement tyrannique est un phénomène largement méconnu, voire tabou, aggravant ainsi l’isolement et la souffrance dont les familles sont victimes.

Soucieux du regard social, l’enfant adapte son comportement en dehors du foyer familial. Ses troubles ne sont donc pas visibles de l’extérieur,  décrédibilisant les parents dans leur recherche d’aide. Certains enfants au comportement tyrannique ne parviennent toutefois pas à moduler leur comportement à l’extérieur, notamment à l’école.

Les parents sont aussi entravés par la difficulté à mobiliser l’enfant, qui est généralement réticent à affronter ses problèmes et peu motivé par les soins. 

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DES CONSEQUENCES IMPORTANTES

L’ensemble de la famille est impacté, notamment :

Pour l’enfant : intolérance totale à la frustration, colères excessives, opposition massive, anxiété, sentiment d’être persécuté, baisse de confiance en lui, tendance à des comportements autodestructifs…

Pour les parents : (et souvent pour la fratrie) : culpabilité, impuissance, peur du comportement violent de l’enfant, fragilité, sensation de « marcher sur des œufs », hyper-accommodation pour prévenir les « crises » de l’enfant…

UNE PRISE EN CHARGE ADAPTEE

Sans prise en charge adaptée à sa problématique atypique, l’enfant au comportement tyrannique vit dans une conflictualité dont résulte une grande souffrance et qui se traduit par des violences qu’il impose à sa famille.

L’accès au diagnostic est essentiel pour adapter les soins aux besoins spécifiques de l’enfant. Une prise en charge médicamenteuse se révèle souvent nécessaire.

Au delà du diagnostic, la méthodologie REACT (basée sur la Résistance Non Violente) est un outil indispensable dans l’objectif de désamorcer la violence, éviter les escalades et reprendre sa place de parent.

Un accompagnement institutionnel et psycho-social de qualité est également primordial pour soutenir les familles.

 

 

LES TROUBLES ASSOCIES AU COMPORTEMENT TYRANNIQUE

 

Souvent à haut potentiel intellectuel (HPI), l’enfant au comportement tyrannique présente des troubles avérés et connus dont les dimensions centrales sont généralement la dysrégulation émotionnelle et l’anxiété.

Le comportement tyrannique ne rentre dans aucune catégorie diagnostique actuelle. Ce n’est donc pas un trouble mais un profil de comportement qui correspond à une psychopathologie complexe avec plusieurs diagnostics associés.

Dans l’immense majorité des cas, l’enfant présente au moins un des troubles suivants :

TDAH : Trouble Déficit d’Attention avec ou sans Hyperactivité

Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble du neurodéveloppement dont les symptômes se manifestent dans trois dimensions cliniques: inattention, impulsivité et hyperactivité

  • L’inattention est la difficulté à maintenir son attention dans la durée, à sélectionner son objet d’attention sans se laisser distraire par des stimuli externes. Elle est au cœur du trouble, fait l’intensité de la gêne fonctionnelle et persiste dans le développement.
  • L’impulsivité se caractérise par l’incapacité à attendre pour prendre la parole ou à différer une action. Une difficulté à gérer ses émotions et à garder son calme. Il est important de distinguer entre l’impulsivité motrice (qui tend à s’apaiser en grandissant) et l’impulsivité cognitive (qui peut persister).
  • L’hyperactivité se traduit par le besoin de bouger sans cesse, parler beaucoup ou faire des bruits. L’hyperactivité est facultative et, quand elle est présente, elle peut être modérée.

Le TDAH se présente sous trois formes :

  • Mixte : le sujet présente à la fois les critères d’inattention et d’hyperactivité/impulsivité
  • Inattentif : les symptômes d’inattention sont prédominants (plutôt chez la fille et chez l‘adolescent)
  • Hyperactif/Impulsif : les symptômes d’hyperactivité-impulsivité sont prédominants (formes « classiques » chez le garçon à l’entrée au CP)

Le TDAH est le trouble le plus fréquent en psychopathologie. Sa prévalence est estimée chez l’enfant d’âge scolaire à environ 5% (avec 3 garçons pour 1 fille).

TOP : Trouble Oppositionnel avec Provocation

Le Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP) se manifeste par un ensemble de comportements négatifs, hostiles ou provocateurs :

  • se met souvent en colère
  • conteste souvent ce que disent les adultes
  • s’oppose souvent activement ou refuse de se plier aux demandes ou règles des adultes
  • embête souvent les autres délibérément
  • fait souvent porter sur autrui la responsabilité de ses erreurs ou de sa mauvaise conduite
  • est souvent susceptible ou facilement agacé par les autres
  • est souvent fâché et plein de ressentiment
  • se montre souvent méchant ou vindicatif

 

Les comportements opposants et provocants apparaissent de façon ponctuelle, ou récurrente, dans les premières étapes du développement de l’enfant (avant 5 ans) mais, généralement, ils disparaissent par la suite. Le TOP concerne les situations où cette phase ou période d’opposition semble perdurer et qu’elle est inquiétante de par son intensité, sa fréquence et son retentissement.
Le trouble apparaît habituellement dans la petite enfance. Avant la puberté, il est plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Après la puberté, l’écart diminue. Les symptômes sont généralement similaires bien que les garçons aient davantage de comportements de confrontation. 
Avec un sens inadapté de la justice, les enfants/adolescents avec un TOP ne se considèrent pas comme hostiles ou provocateurs. Bien au contraire, ils perçoivent leur comportement comme étant justifié en réaction à des demandes déraisonnables ou des injustices. L’enfant est ainsi souvent en conflit avec ses parents, ses professeurs ou ses camarades.

TDDE : Trouble Dysruptif avec Dysrégulation Emotionnelle

Le Trouble Disruptif avec Dysrégulation Emotionnelle (TDDE) se caractérise par la présence de crises de colères répétées, associées à une humeur irritable persistante entre les crises.

Il faut penser au diagnostic de TDDE si un enfant présente :

  • Une humeur irritable/colérique de façon chronique
  • Des crises de colères jugées excessives : sévères et récurrentes

Ces crises ne correspondent pas au niveau de développement de l’enfant et surviennent au moins 3 fois par semaine en moyenne. Elles doivent avoir débuté avant l’âge de 10 ans et durer depuis plus d’un an (sans intervalle libre de plus de 3 mois). Ce diagnostic ne peut être porté que chez un enfant âgé entre 6 et 18 ans.

Trouble des Conduites

Le trouble des conduites se caractérise par l’ensemble de conduites répétitives et persistantes dans lesquelles sont bafoués les droits fondamentaux, les normes, les lois et les règles de la société. Il se manifeste généralement vers l’adolescence, lors d’une quête d’identité :

  • Agressions envers des personnes ou des animaux
  • Destruction de biens matériels
  • Fraude ou vol
  • Violations graves de règles établies
TOC : Trouble Obsessionnel Compulsif

Les Troubles Obsessionnels Compulsif (TOC) sont des comportements répétitifs et irraisonnés, mais irrépressibles, qui répondent à des pensées obsédantes et qui obligent ceux qui en souffrent à faire sans cesse des rituels précis (notion d’hyper-contrôle).
La plupart des obsessions et compulsions observées chez les enfants atteints de TOC ont les mêmes thématiques que chez les adultes : ils peuvent par exemple insister pour que leur linge soit lavé de nombreuses fois, vérifier de façon répétée leur travail ou leur cartable, ou encore se mettre en colère face au désordre causé par d’autres membres de la famille. Pour prévenir ou réduire leur anxiété, les personnes concernées effectuent des gestes ou actes mentaux répétés – des compulsions – comme des rituels de rangement, de lavage ou de vérification.
Alors que les adultes reconnaissent le caractère maladif, intrusif et anormal de ces rituels, ce n’est pas le cas des enfants les plus jeunes qui n’arrivent pas à parler de leur TOC. De fait, le TOC s’exprime souvent chez le jeune enfant par une agitation, une agressivité, un repli sur soi ou des difficultés scolaires.

TAS : Trouble Anxieux de la Séparation
L’enfant vit dans la peur d’être séparé de ses parents, amis… Il redoute un déracinement car il se sent incapable de s’adapter à de nouvelles situations. Là encore, s’installe un mal-être incessant qui rend l’enfant tyrannique.
Autres troubles anxieux

Les principaux troubles anxieux que l’on retrouve chez l’enfant/ado. à comportement tyrannique sont le TAG (trouble anxieux généralisé: l’enfant est très anxieux pour son avenir, celui de sa famille ou pour des évènements anodins), et l’anxiété sociale (difficulté à aller vers les autres, peur du jugement, souvent victime de harcèlement scolaire, …).

TSA : Trouble du Spectre Autistique

Le Trouble du Spectre Autistique (TSA) est un trouble neurodéveloppemental qui affecte les interactions sociales réciproques, la communication et le comportement à caractère restreint, répétitif et stéréotypé.

Les TSA regroupent un ensemble de symptômes qui varient d’une personne à l’autre. Ils peuvent être plus ou moins présents et même évoluer au fil du temps. Le mot « spectre » permet d’intégrer toute la diversité des troubles et de signifier l’évolution possible des personnes au sein de ce spectre. On parle aussi de « continuum » du spectre autistique.

Les symptômes des troubles du spectre autistique peuvent apparaître au cours des 2 premières années de vie, mais dans leur forme plus légère, ils peuvent ne pas être détectés avant l’âge de scolarisation.

 

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Enfants tyrans, parents souffrants

Diane Purper-Ouakil – FLAMMARION

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Nathalie Franc & Haim Omer – DUNOD

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La résistance non violente :

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Haim Omer – DE BOECK UNIVERSITE

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